20 citations de La carte et le territoire, Michel Houellebecq

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En lisant ce roman j’ai ressenti à peu près la même chose que lorsque j’étudiais les grands classiques de la littérature française. Cette sensation de voyager dans une époque en plus d’être témoin de ce qui -dans des dizaines d’années- sera sans doute considéré comme un portrait de la France du début du XXIème siècle. En plus de la métaphore entre l’architecture, le territoire, la nature et le corps humain, j’ai adoré La carte et le territoire pour sa prose, pour ses descriptions de paysages et d’atmosphères poétiques et sensibles. Le “petit français fragile” est un vrai romantique ! 

La quatrième de couverture de l’édition J’ai Lu annonce que ce roman est “résolument classique et ouvertement moderne”. Moderne ? Je ne vais pas m’attarder sur la notion de modernité qui est un vaste sujet et je parlerais plutôt ici de contemporanéité. C’est d’ailleurs essentiellement pour cette raison que j’ai adoré ce livre. L’un des passages qui m’a le plus fasciné est celui sur la mouche domestique et l’une des questions que je me pose le plus est pourquoi les personnages de Houellebecq vomissent sans cesse ? Sans doute parce qu’ils sont dans une attitude de rejet. C’est aussi le cas dans Soumission. Tout comme l’emploi de termes déterrés du dictionnaire de la langue français tels que maxillaires, borborygme, cirrus, ferrugineuse, priapique, époisses.

Sélectionnées au cours de ma lecture, les 20 citations ci-dessous sont regroupées en cinq thèmes : la création, la nature, la dégradation, la société, les sentiments. Pour découvrir ou redécouvrir un grand roman récompensé par le Prix Goncourt en 2010.

  • La création

“Il est impossible d’écrire un roman, lui avait dit Houellebecq la veille, pour la même raison qu’il est impossible de vivre : en raison des pesanteurs qui s’accumulent. Et toutes les théories de la liberté, de Gide à Sartre, ne sont que des immoralismes conçus par des célibataires irresponsables. Comme moi, avait-il ajouté en attaquant sa troisième bouteille de vin chilien”.

“On peut toujours, lui avait dit Houellebecq lorsqu’il avait évoqué sa carrière romanesque, prendre des notes, essayer d’aligner des phrases ; mais pour se lancer dans l’écriture d’un roman il faut attendre que tout cela devienne compact, irréfutable, il faut attendre l’apparition d’un authentique noyau de nécessité. On ne décide jamais soi-même de l’écriture d’un livre, avait-il ajouté ; un livre, selon lui, c’était comme un bloc de béton qui se décide à prendre, et les possibilités d’action de l’auteur se limitaient au fait d’être là, et d’attendre, dans une inaction angoissante, que le processus démarre de lui-même”.

“[…] et l’obstination est peut-être en fin de compte la seule qualité humaine qui vaille non seulement dans la profession de policier mais dans beaucoup de professions, dans toutes celles au moins qui ont à voir avec la notion de vérité“.

  • La Nature

“Le soleil se lève à neuf heures ; bon, le temps de se laver, de prendre des cafés, il est à peu près midi, il me reste quatre heures de jour à tenir, le plus souvent j’y parviens sans trop de dégâts. Mais au printemps c’est insupportable, les couchers de soleil sont interminables et magnifiques, c’est comme un espèce de putain d’opéra, il y a sans arrêt de nouvelles couleurs, de nouvelles lueurs, j’ai essayé une fois de rester ici tout le printemps et l’été et j’ai cru mourir, chaque soir j’étais au bord du suicide, avec cette nuit qui ne tombait jamais”.

“La surface de la mare était recouverte de lentilles d’eau, sa couleur était opaque, malsaine”.

“Lorsqu’il quitta la résidence vers cinq heures, la lumière était déjà rasante, teintée de magnifiques reflets d’or. Des moineaux sautillaient entre les herbes scintillantes de givre. Des nuages oscillant entre le pourpre et l’écarlate affectaient des formes déchiquetées, étranges, en direction du couchant. Il était impossible, ce soir-là, de nier une certaine beauté du monde”.

“L’homme ne faisait pas partie de la nature, il s’était élevé au-dessus de la nature, et le chien, depuis sa domestication, s’était lui aussi élevé au-dessus d’elle, voilà ce qu’il pensait au fond de lui-même”.

  • La dégradation

“Au milieu de l’effondrement physique généralisé à quoi se résume la vieillesse, la voix et le regard apportent le témoignage douloureusement irrécusable de la persistance du caractère, des aspirations, des désirs, de tout ce qui constitue une personnalité humaine”.

“Le vieillissement, en particulier le vieillissement apparent, n’est nullement un processus continu, on peut plutôt caractériser la vie comme une succession de paliers, séparés par des chutes brusques”.

“Vous savez ce qu’affirme Comte, dit-il, que l’humanité est composée de davantage de morts que de vivants. Eh bien j’en suis là, maintenant, je suis surtout en contact avec les morts…”.

“Le sourire de l’écrivain s’éteignit peu à peu, son visage fut gagné par une tristesse terreuse, minérale”.

“Les années, comme on dit, passèrent”.

  • La société

“Ainsi, le libéralisme redessinait la géographie du monde en fonction des attentes de la clientèle, que celle-ci se déplace pour se livrer au tourisme ou pour gagner sa vie”.

“C’est sa place dans le processus de production, et pas son statut de reproducteur, qui définit avant tout l’homme occidental”.

“Il y a une vraie nostalgie, une sensation de perte dans le passage de la France traditionnelle au monde moderne […]”.

“La valeur marchande de la souffrance et de la mort était devenue supérieure à celle du plaisir et du sexe, se dit Jed, […]”.

“Un voile de cendres semblait s’être répandu sur les esprits”.

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  • Les sentiments

“- C’est très simple : c’est parce que tu as un regard intense. Un regard passionné. Et c’est cela, avant tout, que les femmes recherchent. Si elles peuvent lire dans le regard d’un homme une énergie, une passion, alors elles le trouvent séduisant”.

“- Un tableau…, dit pensivement Houellebecq. En tout cas, j’ai des murs pour l’accrocher. C’est la seule chose que j’aie vraiment, dans ma vie : des murs.”

“Une serveuse âgée passant la serpillère entre les tables se rapprochait d’eux, leur jetant des regards mauvais. Elle avait l’air non seulement épuisée, découragée, mais pleine d’animosité à l’égard du monde dans son ensemble, elle tordait la serpillère dans son seau exactement comme si c’était à cela que se résumait, pour elle, le monde : une surface douteuse recouverte de salissures variées”.

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