Mon Avenue Diagonal de Barcelone

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C’est au feu rouge d’un carrefour de la Diagonal, assise à l’arrière d’un bus, que j’observai avec curiosité comment un homme au volant de sa voiture se regarda du coin de l’oeil dans son rétroviseur avant d’empoigner un rasoir électrique pour se refaire une beauté express comme le ferait une femme avec un tube de rouge. Le feu passa au vert et la voiture s’engouffra de nouveau dans le trafic de cette avenue rectiligne qui traverse Barcelone sur 11 kms, du sud-est au nord-ouest. Bien que cette droite m’ait longtemps laissée indifférente, autant que celles que je devais tracer en classe de géométrie, j’ai peu à peu appris à l’apprivoiser. Que ce soit pour monter dans un wagon de métro de la ligne 3, me laisser glisser sur son tapis roulant pour rejoindre les ferrocarriles de Cataluña ou sillonner ses pistes cyclables, l’Avenue Diagonal de Barcelone a toujours été sur mon chemin et elle commence à me plaire.

À son carrefour avec le Passeig de Gràcia, elle se prendrait presque pour Paris avec sa petite obélisque en bronze recouverte de granit. Ses larges trottoirs bordés de boutiques chics lui donnent un air de Champs Elysées et ses courants d’air me rappellent le vent grenoblois qui décoiffe et laisse les lèvres gercées. Sa grande-soeur pourrait être l’Avenue du 9 Juillet de Buenos Aires avec sa succession de voies et de passages piéton qui rendent interminable la traversée d’une rive à l’autre.

Matin et soir, elle devient cependant incomparable à mes yeux. Lorsque les premiers rayons du soleil la pénètrent, laissant l’ombre portée de ses platanes en file indienne scander l’asphalte de la piste cyclable, et au soleil couchant, lorsque les branches de ses palmiers se dessinent à contre-jour sur un ciel bleu nuit. Ce que je préfère par-dessus tout c’est la traverser en largeur et tenter de regarder le plus loin possible jusqu’à atteindre son point de fuite, là où toutes ses voies se rétrécissent et ses arbres se chevauchent. En plus de l’horizon marin, il me semble que l’Avenue Diagonal offre le champ de vision le plus large de toute la ville.

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Lors d’une interview réalisée en 2008 dans le cadre de mon master en journalisme à la UB-IL3 de Barcelone, j’appris de la bouche du catalan Albert Serratosa, ingénieur civil expert en urbanisme, qu’ “Ildefons Cerdà prévoit trois grandes voies : Diagonal, Gran Vía et Méridienne qu’il appelle “voies transcendantales”, vouées à relier Barcelone avec la “vitalité universelle”. Ces trois grandes voies intégraient le “Plan Cerdà“, un projet d’extension urbaine proposé en 1860 par un homme à moustache à l’origine de l’Eixample, ce quartier si facilement repérable sur les cartes postales aériennes de la capitale catalane grâce à ses îlots quadrillés semblables aux cellules d’une ruche d’abeilles.

La Diagonal perce le tissu urbain comme un fleuve qui se déverse entre deux vallées alpines, son tracé ressemble à celui d’une traînée d’avion dans le ciel, si proche et soudain tellement loin comme une étoile filante, elle est désormais l’une de mes avenues barcelonaises préférées, parce qu’aussi bizarre que cela puisse paraître, elle me relie à un état de nature. Demain, je chevaucherai mon vélo pour suivre son cours et comme chaque matin, en freinant au feu rouge devant la boutique de robes de mariée Rosa Clarà, mon regard croisera celui de cet homme qui vend des paquets de mouchoirs en montrant une photo usée de sa famille.

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