Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Mathias Énard

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Après avoir été à deux doigts d’abandonner mon premier roman de Mathias Énard, Boussole, j’étais curieuse de découvrir ce que “Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants” me réservait. Je ne voulais pas rester sur ce qui avait été pour moi une mauvaise entrée en matière. Sur Instagram, la librairie française de Barcelone, Jaimes, me le présentait comme une petite merveille, une #bookworm me souhaitait une bonne lecture de ce “superbe roman” et une amie française chez qui j’étais de passage avec mon livre sous le bras tomba sous le charme du titre et de sa couverture. L’histoire me laissait tout de même sceptique : Michel-Ange, Constantinople, la construction d’un pont… J’en venais à penser que les romans historiques d’Énard n’était pas fait pour moi. Verdict ? Je l’ai dévoré et adoré !

J’ai savouré ce livre comme une enfant blottie sous sa couette à qui l’on raconte une histoire pleine de magie. Rien que le titre est beau. On ne sait pas à quoi s’attendre mais on voyage tout de suite dans un monde imaginaire où les parfums, les textures, les objets et les lieux nous transportent loin, aux côtés de Michelangelo Buonarroti, entre l’Italie et la Turquie, entre l’Occident et l’Orient, entre la raison et la passion, entre la lumière et l’obscurité.

Mathias Énard nous invite à pénétrer dans l’intimité d’un des plus grands artistes de la Renaissance Italienne en nous dévoilant ses inquiétudes, ses valeurs, ses manies, ses tentations. Il est question d’art, d’amour, de respect et de religion. Tout se lit vite car le roman est divisé en petites scènes de 2-3 pages et le style n’a rien de l’érudition de Boussole qui m’avait complètement laissée sur le banc de touche. Autant dire qu’il est impossible de s’en défaire.

J’ai beaucoup aimé la dynamique du récit qui s’articule autour de trois voix : celle des lettres manuscrites, celle des monologues intérieurs et celle de la fiction liée à l’épopée. “Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants” est l’aventure d’un homme, un poème en prose, une invitation au voyage, un rêve éveillé digne des plus belles phrases : “Raconte-moi une histoire”. Ce roman est bien parti pour être ma plus belle découverte de l’année 2016. Et pour ne pas déroger à la règle, voici une petite sélection de citations tirées de ma lecture.

Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, Mathias Énard

“Il pleure souvent ; seule l’arrivée de la nuit et de la débauche lui apporte un peu de réconfort”.

“Rien ne nous appartient. On trouvera de la beauté dans de terribles batailles, du courage dans la lâcheté des hommes, tout entrera dans la légende”.

“[…] tu sauras que tout cela n’est qu’un voile parfumé cachant l’éternelle douleur de la nuit”.

“La beauté vient de l’abandon du refuge des formes anciennes pour l’incertitude du présent”.

Voici comment il commence :

“La nuit ne communique pas avec le jour. Elle y brûle. On la porte au bûcher à l’aube. Et avec elle ses gens, les buveurs, les poètes, les amants. Nous sommes un peuple de relégués, de condamnés à mort.”

Mon passage préféré :

“Je ne cherche pas l’amour. Je cherche la consolation. Le réconfort pour tous ces pays que nous perdons depuis le ventre de notre mère et que nous remplaçons par des histoires, comme des enfants avides, les yeux grands ouverts face au conteur.”


Titre : Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants

Auteur : Mathias Énard (1972)

Pages : 170

ISBN : 2742793623

Maison d’édition : Actes Sud, 2010

5 thoughts on “Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Mathias Énard

  1. Hi CC, pour ce qui concerned Boussole, je viens de recommencer ce bouquin pour la troisième fois, sans l’avoir terminé, chaque fois ça devient plus simple, p-é je l’apprivoise va savoir, mais je vais persister. Je me rends compte que mon commentaire dit longue sur Boussole. Comme je vois que vous habitez Barcelone, La Rue des Voleurs, basé partiellement à Barcelone pourrait vous intéresser. https://patpalbooks.wordpress.com/2014/12/07/mathias-enard/
    Votre enthousiasme pour Parle-leur de Batailles me tente
    Pat

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    • Bonjour Pat ! Merci beaucoup pour cette suggestion de lecture, il est fort probable que je lise de nouveau un Énard alors pourquoi pas celui-ci, je n’ai encore jamais lu de livre basé à Barcelone donc ça pourrait être une première ! Bonne chance avec “Boussole”, il faut s’accrocher oui 🙂 “Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants” vous quittera le goût amer qui sera remplacé par une très belle sensation. Ça sera un plaisir de connaître votre retour sur ce roman si vous décidez de le lire ! See you 🙂

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    • Bonjour Nicolas ! Merci pour ton avis. C’est ça qui est bien avec la littérature et l’art en général, chacun peut apprécier ou pas ! Moi par exemple je n’ai pas aimé “Le Parfum” alors qu’il y a de nombreux adeptes de ce livre 😉

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      • Décidément on n’est pas d’accord, puisque j’avais pour ma part beaucoup aimé Le Parfum! Mais c’est vrai que c’est un roman un peu spécial, qui ne peut pas plaire à tout le monde.

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